1800-1847
RENAISSANCE
DE L'ATHENÉE ET
METAMORPHOSE
DE L'ACADÈMIE
LA SUITE DE LHISTOIRE OFFICIELLE
«L'orage avait cessé. On ne remarquait plus sur
les flots que cette légère ondulation, si douce à voir
après une effroyable et longue tempête». C'est en ces termes
que Dumas résume la Révolution française qui avait supprimé,
es qualité, l'Académie et, physiquement, quelques uns de ses membres.
L'Académie a ainsi perdu Palerne de Savy, J. Mathon de la Cour et Bailly,
tout simplement guillotinés ; Deschamps et Millanois, morts au combat
durant le siège de la ville ; Rozier, mort dans son lit mais sous une
bombe des assiégeants. l'Académie de Lyon n'est plus là
pour naviguer, sur cette mer calmée alors que «le génie
du mal cessait d'y planer avec ses ailes de feu».
Raymond de Verninac (Illustration)
était né le 7 janvier 1761 dans le Lot ; sa branche familiale
avait ajouté Saint-Maur à son patronyme. Il étudie le droit,
à Paris puis en Angleterre, tout en s'adonnant à la poésie.
Grand serviteur de l'Etat, il commence sa carrière comme médiateur
entre l'Assemblée nationale et la Papauté à propos d'Avignon
; il sera ensuite ambassadeur ou envoyé extraordinaire à Stockholm,
à Constantinople. Les préfectures étant créées
par Bonaparte, Premier Consul le 3 mars 1800, Verninac est aussitôt nommé
préfet général du Rhône. Il s'installe officiellement
le 10 avril.
Le préfet Verninac déploie une grande activité administrative
dans tous les domaines de son département, ce qui ne l'empêche
pas, moins de trois mois après son arrivée, de vouloir faire revivre
le passé littéraire, scientifique et artistique de Lyon. Pour
cela, le dimanche 13 juillet 1800, il réunit à l'hôtel de
la Préfecture, rue Boissac, des savants, littérateurs et artistes,
en particulier les survivants de la défunte Académie. Il leur
tient discours pour déplorer la disparition de l'Académie et n'a
aucune peine à les convaincre de la faire renaître sous le nouveau
nom d'Athénée qui est tout simplement celui figurant sur l'ancien
sceau académique.
Profitant de sa position de préfet, le citoyen Verninac
promulgue un Arrêté daté du jour même, le 24 messidor
an VIII (13 juillet 1800) dans le préambule duquel on peut lire : «
... l'Académie qui exista dans la ville de Lyon soit remplacée
par une Société libre des sciences, lettres et arts».
L'arêté comporte 24 articles qui constituent
un véritable statut et que la nouvelle Société approuve
comme Règlement.
ARRETE:
ART. ler Il y aura dans la ville de Lyon une
Société libre des sciences, lettres et arts, sous le titre d'Athénée.
2. Cette Société sera composée de Membres ordinaires, d'Émules
et d'Associés.
3. Les Membres ordinaires seront au nombre de quarante-cinq. Ils auront seuls
le droit d'élection et le jugement des prix. C'est parmi eux qu'on
choisira les membres du Bureau, les commissaires pour les rapports,
avis et députations, Ils foumiront un tribut annuel.
4. Les Émules seront au nombre de quinze ; admis aux séances,
ils y auront voix consultative et foumiront deux tributs annuels.
5. Les Associés seront divisés en associés libres,
résidant dans le département, et en associés honoraires.
6. Les associés libres seront au nombre de trente. Ils pourront assister
aux séances, il y auront voix consultative, et ne seront soumis à
un tribut que tous les trois ans.
7. Les associés honoraires seront en nombre illimité. On les choisira
hors du département. Ils seront invités à correspondre
avec la Société, et à lui envoyer leurs ouvrages.
8. Lorsque, parmi les membres ordinaires de l'Athénée il y aura
une place vacante, les membres choisiront, pour la remplir, parmi les
émules ou parmi les associés libres ou honoraires. Le candidat
devra réunir vingt trois suffrages.
9. Néanmoins, si, pour remplir une place vacante parmi les Membres
ordinaires, il se présente des candidats qui ne soient ni dans le nombre
des émules, ni dans celui des associés libres ou honoraires,
les Membres pourront fixer leur choix sur l'un de ces candidats, pourvu qu'il
réunisse trente-un suffrages.
10. Les membres ordinaires de l'Athénée nommeront aux places vacantes
d'émules et d'associés libres ou honoraires, suivant le
mode indiqué dans l'article 8.
11. Aucune élection ne sera faite que dans une assemblée
générale des Membres convoqués expressément pour
cet objet, au moins une décade avant le jour indiqué : toute élection
aura lieu au scrutin secret.
12. Les anciens titulaires et associés de la ci-devant Académie
de Lyon seront membres de l'Athénée.
13. Le titulaire passera de droit, sur sa demande, dans la classe des associés
libres, à la premièr place vacante. Tout émule ou
associé libre perdra son titre, s'il est trois ans sans présenter
de tribut.
14. Les exercices seront divisés en deux classes : les sciences, et les
lettres et arts. Vingt Membres seront classés
pour la physique, les mathématiques, la médecine, l'art vétérinaire,
la chimie, etc. vingt autres le seront pour la morale, la jurisprudence, le
commerce, la politique, l'histoire, les antiquités, les langues,
la poésie et l'éloquence; cinq autres le seront pour les arts.
15. L'Athénée tiendra une séance privée, le tridi
de chaque décade. Il aura deux séances publiques : la première,
dans la première décade de germinal; la seconde le vingt-quatre
messidor, époque de sa fondation. Les féeries de l'Athénée
commenceront au premier fructidor, et se termineront au premier brumaire,
chaque année.
16. L'Athénée proposera alternativement un prix dans la
classe des sciences et dans celle des lettres, et indiquera, de préférence,
des sujets relatifs aux besoins et à la splendeur de la ville et du département.
17. Le Président de l'Athénée sera élu pour un an.
Il sera suppléé par un vice Président.
18. L'Athénée aura deux Secrétaires, nommés pour
deux ans ; ils pourront se suppléer mutuellement. En cas d'absence
ou de maladie, l'Athénée pourvoira au remplacement provisoire.
19. La police intérieure et réglementaire de la Société
libre n'appartiendra qu'à elle-même ; elle se convoquera
et se constituera sans l'intervention d'aucune autorité.
20. L'Athénée consulté pour les médailles, inscriptions
et ordonnances de fêtes publiques, nommera une Commission pour ces
objets. L'Athénée consulté par les autorités constituées
sur un objet quelconque d'utilité publique, s'empressera de répondre
à leur confiance.
21. L'Athénée ne pourra délibérer que lorsqu'il
sera composé du tiers de ses Membres.
22. La qualification de Membre de l'Athénée, prise en tête
d'un ouvrage, n'emportera point adhésion, de la part de l'Athénée,
aux principes et opinions contenus dans cet ouvrage.
23. Le Président et les deux Secrétaires nommeront un Trésorier
pour un an celui-ci rendra compte en comité de l'emploi des fonds.
24. Le présent arrêté sera adressé au Ministre de
l'intérieur, pour être soumis à l'approbation du gouvernement,
Fait à Lyon, le 24 messidor an VIII de la République.
Le
Préfet du département,
R.
VERNINAC.
Le Ministre de l'intérieur approuve le règlement
en date du 7 octobre 1800.
Verninac est nommé président, Laurencin vice-président,
Roux et Bérenger secrétaires, mais ce dernier est remplacé
par Pitt.
Les nouveaux «Académiciens» offrent à Veminac le titre
de «Rénovateur et Bienfaiteur». Il ne sera président
qu'une année jusqu'au 2 juillet 1801 car il devient ambassadeur à
Beme.
Tout est pour le mieux ; les anciens académiciens encore
vivants reprennent leur place et leur nombre est complété pour
atteindre 45. On nomme quelques émules et on inscrit en tête des
associés les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Le
Brun, qui accordent ainsi leur patronage à la Société.
Les places étant ainsi limitées, les plus jeunes
intellectuels ne peuvent accéder suffisamment tôt, à leur
goût, à l'Académie. Ils créent, en 1807, un Cercle
littéraire qui deviendra la Société littéraire de
Lyon en 1831. Parmi les fondateurs se trouvent Péricaud et Bréghot
du Lut qui sont également académiciens. En effet la Société
est une annexe et même une antichambre de l'Académie, sans jamais
esprit de concurrence. Nombreux sont les académiciens qui en font partie
dès avant leur admission dans la noble confrérie, surtout parmi
les juristes.
Les discussions académiques vont bon train ne serait-ce
que pour changer le titre de la Société car d'autres institutions
françaises ont choisi la même nomenclature. On envisage Athenatum,
Athenacrum ou Hermathénée, propositions restées heureusement
sans suite. Si le titre est finalement conservé, il n'en va pas de même
pour le règlement qu'on discute et modifie sans cesse : ainsi, dès
1802, on supprime les émules et les associés libres, on crée
les émérites et les correspondants, tandis que les titulaires
deviennent les résidents ! Bref, on s'occupe sainement.
En 1806, on décide d'abandonner le nom d'Athénée
pour reprendre le vieux titre d'Académie des Sciences, Belles-Lettres
et Arts. Athénée ou Académie, le statut juridique ne change
pas et elle reste une Société libre.
L'empire n'est pas plutôt remplacé par la royauté
que la Société appelée Académie, dès le 12
avril 1814, rédige une délibération pour le moins curieuse.
Non contente de saluer le retour des Bourbons, elle se félicite «avec
transport de la déchéance de Napoléon Bonaparte»
et voue «une éternelle reconnaissance aux souverains étrangers,
grands et généreux libérateurs des Français».
Ensuite l'Académie sollicite du roi l'autorisation
de porter la décoration de la fleur de lys d'argent : elle est accordée
le 13 août 1814. Puis on demande à Louis XVIII la faveur de l'inscrire
en tête des Associés et d'utiliser à nouveau le titre d'Académie
royale ce qui est accordé dès le 29 août 1814, trois mois
après le départ de l'empereur.
LES NOUVELLES RELATIONS VILLE ACADÉMIE
En ce début du XIXe siècle, l'Académie
n'a pas retrouvé le privilège de tenir ses séances à
l'Hôtel de Ville. C'est au Grand Collège qu'on lui a octroyé
un asile médiocrement conforme à sa dignité. Aussi l'Académie
n'a de cesse de réclamer une place au sein de l'ancien couvent des dames
de Saint-Pierre ; son souhait ne sera exaucé que sous l'administration
de Rambaud qui lui affecte quatre salles : elle tient sa première séance
en ce lieu le 29 juin 1824 et elle y restera jusqu'en 1975.
On se souvient que le legs Adamoli stipulait que l'Académie
devait ouvrir sa bibliothèque et ses collections au public, ce qui fut
fait à partir de 1777. Mais, en 1793, l'Académie cesse d'exister:
Adamoli ayant prévu ce cas, les objets légués sont confiés
aux magistrats municipaux. Après 1800, la nouvelle Académie demande
la restitution : la réponse des autorités est favorable... mais
rien ne se passe, inertie administrative oblige. En 1821, le maire Rambaud est
plus réceptif alors que l'Académie demande à être
logée au palais Saint-Pierre ; mais l'arrêté sera pris le
2 décembre 1823 et la restitution ne sera opérée qu'en
1826 (à l'exception de ce qui fut perdu durant 30 années).
En 1831, Terme, alors premier adjoint, décide de rassembler
en un seul ensemble la bibliothèque de l'école des Beaux-Arts
et celles des diverses sociétés savantes établies au palais
Saint-Pierre afin de les ouvrir au public tous les jours. L'Académie
accepte mais, devenue méfiante, elle stipule : la bibliothèque
Adamoli ne quitte pas sa place, les autres livres sont bien intégrés
à la série générale mais restent la propriété
académique et sont placés dans des armoires distinctes (délibération
du 11 janvier 1831).
Ces très sages résolutions sont oubliées,
130 ans plus tard, lorsque l'Académie cède, sans retour, la bibliothèque
Adamoli à la bibliothèque municipale de Lyon.
A partir de 1847, la Ville double la subvention qu'elle octroyait
à l'Académie : 2400 F au lieu de 1200 F. C'est beau geste, encore
à méditer de nos jours. Dès qu'elle en fut informée,
l'Académie, en sa séance du 24 novembre 1846, vote des remerciements
à M. Menoux qui avait plaidé sa cause au sein du conseil municipal.
De plus, suivant en cela l'exemple des anciens qui avaient répondu aux
libéralités du Consulat en nommant Associé le prévôt
des marchands (1726), elle adopte la résolution suivante :
«L'Académie reconnaissante de la décision
par laquelle le Conseil municipal vient de porter sa dotation de douze cents
à deux mille quatre cents francs, arrête :
Art.ler - Le Maire
de Lyon est déclaré, à perpétuité, président
honoraire de l'Académie;
Art. 2 - A l'expiration de ses fonctions,
le maire de Lyon restera inscrit au nombre des associés de l'Académie.»
Le 15 décembre, le maire remercie, au nom du Conseil,
de l'honneur qui lui est fait et se félicite «de voir resserrer
les liens qui unissent deux corps concourant avec un zèle égal
à la gloire et à la prospérité de la ville de Lyon».
Depuis, certains maires de Lyon furent Présidents honoraires,
d'autres seront Protecteurs afin de rappeler les Villeroi et quelques autres
plus rares deviennent Académiciens titulaires en raison de leurs mérites
et non de leur fonction.
L'ACADÉMIE ET LE POUVOIR NATIONAL
Au cours du XVIlle siècle tout reste simple: le pouvoir
national est celui des rois. L'Académie reçoit ses Lettres patentes
et se place, systématiquement, sous l'autorité et la protection
du roi : elle est Académie «royale».
En 1800, l'Académie inscrit en tête de ses associés
les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Lebrun. C'est faire
preuve de logique. Il faut croire cependant que la majorité des académiciens
est plus royaliste que républicaine ou bonapartiste : on ne retrouve
pas d'adresse spontanée lorsque Napoléon devient empereur. Cependant,
on inscrit au premier rang des associés "Sa Majesté NAPOLÉON
BONAPARTE, Empereur des Français et Roi d'Italie, membre de L'Institut".
Par la même occasion on inscrit Talleyrand à la place de Bonaparte.
C'est seulement lors du passage à Lyon de l'empereur et de l'impératrice
que l'Académie est reçue en audience (22 avril 1805). Le président
Bérenger prononce un discours devant Napoléon, de même qu'il
complimente, en vers, l'impératrice. Napoléon interroge sur l'organisation
et les travaux de l'Académie mais semble excédé par l'insistance
de Caminet à réclamer remboursement de marchandises saisies jadis
au bénéfice de la République. Laurencin présente
les travaux d'aménagement de Lyon. Le 26, Roux consigne l'audience «comme
l'événement le plus flatteur pour l'Académie et le plus
propre à exciter son éternelle reconnaissance».
En 1814, en sa séance du 12 avril, le lendemain du
traité de Fontainebleau, avant même que l'empereur ait atteint
l'île d'Elbe, «l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres
et Arts de Lyon, vivement pénétrée des sentiments de joie
et d'allégresse qu'inspirent à tous les Français le retour
tant désiré de la maison de Bourbon au trône de Saint-Louis
(..) adhère avec transport (..) à la déchéance de
Napoléon Bonaparte (..), à la restitution de la couronne à
Louis XVIII, à l'éternelle reconnaissance des Français
pour leurs grands et généreux libérateurs». Dans
le même élan, elle sollicite l'autorisation de porter la fleur
de lys et le titre d'Académie royale (déjà anticipé
!), ce qui lui est accordé.(Illustration)
L'histoire reste fort discrète sur le comportement
de l'Académie au cours des Cent jours : on peut supposer qu'elle chercha
avant tout à se faire oublier.
L'avènement de Charles X, en 1824, tombe pendant les
féeries académiques ce qui n'empêche pas l'envoi d'une adresse
: «cultivant les sciences, les lettres et les arts au pied de l'autel
dAuguste, nous osons élever jusqu'à vous, Sire, notre hommage
et nos voeux».
Au XXe siècle, l'Académie néglige définitivement
les présidents de la République et ne fait une exception que pour
le maréchal Pétain, chef de l'Etat, inscrit comme Associé.
Les entrées solennelles
Les souverains, depuis le XVe siècle, sont reçus
dans les villes selon un protocole qualifié d'entrée solennelle.
Plus tard il en sera de même pour les princes et princesses, le pape et
les cardinaux, les présidents de la République. De Charles VIII
au président Félix Faure, la ville de Lyon n'a pas failli à
la règle. Au cours ou à la suite de l'entrée solennelle,
les corps constitués rendent hommage au prestigieux visiteur. L'Académie
est au nombre des institutions et on lui demande souvent son concours pour préparer
les festivités et rédiger les inscriptions.
Les hôtes de Lyon logent à l'Hôtel de Ville
ou à la préfecture, mais aussi, très souvent, au palais
de l'archevêque : c'est la règle pour tous les rois et ce sera
aussi le cas de Napoléon 1 er (1805), du pape Pie VII (1805) et des princes
au début du XIXe siècle : l'ancienne, et future, résidence
académique est fort appréciée.
Ainsi l'Académie participe à la réception
solennelle des rois, empereurs, princes et présidents : deux fois Napoléon
Bonaparte au titre de consul, une fois Napoléon ler et l'impératrice,
deux fois Louis Napoléon président et deux fois Napoléon
111, Mac Mahon, Carnot et Faure comme présidents... On peut noter qu'en
1814, pour l'entrée de Monsieur, frère du roi, l'Académie
lui présente les «tables claudiennes» au cours d'un banquet.
Il est certain que l'Académie trouve plaisir et gloire
à participer aux entrées solennelles, mais c'est Grandperret (1845,
p. 44-45) qui rappelle à la compagnie ce qui devrait rester son rôle
et faire sa vraie grandeur : «Nous ne dirons rien de tous les compliments
de pure civilité que l'Académie a présentés aux
princes, princesses et grands personnages que les circonstances ont amenés
à Lyon (.). On doit se rappeler que sa mission n'est pas de grossir le
nombre des courtisans, mais de se rendre utile par ses travaux.»