JÉSUITES ET PRÉLATS,
                          MILITAIRES ET MÉDECINS




   Il n'est pas non plus possible de passer en revue les multiples catégories d'académiciens hors les élus que nous venons de répertorier en partie. Mais quelques unes d'entre elles méritent, pour des raisons historiques aussi bien que de spécialité, quelques mots de présentation.


Les Jésuites.


   C'est au XVIIIe siècle que presque tous les Jésuites académiciens sont accueillis au sein de notre compagnie. En effet ce sont eux, au nombre d'une centaine, qui, souvent, assurent l'enseignement du Grand Collège et donc participent largement au mouvement des Lettres et des Sciences.

   Parmi les fondateurs, deux sont des Jésuites. Le père Jean de Saint-Bonnet, né à Lyon, enseigne l'anatomie, les mathématiques et la physique; chargé de construire et d'organiser l'observatoire du collège, il est victime d'un accident mortel alors qu'il surveillait les travaux sur un échafaudage (1702). Le père Thomas Bernard Fellon, poète, reste encore moins longtemps à l'Académie naissante puisqu'il quitte Lyon avant une année écoulée.

   En 1704 est reçu Dominique de Colonia, professeur de rhétorique puis de théologie, qui restera académicien durant 37 ans; bibliothécaire, cet érudit fut avant tout archéologue mais aussi historien et poète (ac.1704-1741).

   Etienne Lombard, reçu en 1714, est aussi professeur mais on ne connait pratiquement rien d'autre à son sujet (ac.1714-1753).

   Edouard de Vitry est nommé titulaire bien que sa carrière mouvementée ne l'autorise guère à séjourner à Lyon : théologien, il est aussi archéologue, astronome, écrivain... (ac. 1718-1729).

   François Melchior de Folard est auteur de tragédies dont une lui fut volée et jouée à Paris sous un autre nom (ac. 1723-1739).

   En 1740, c'est par la Société royale des Arts que deux Jésuites accèdent au rang d'académicien : Laurent Béraud (ac. 1740-1777), physicien, astronome, correspondant de l'Académie des Sciences, et Charles Pierre Xavier Tolomas (ac.1740-1762), bibliothécaire, type même de l'érudit capable de disserter et d'écrire sur tous les sujets.

   Enfin Pierre Bimet, théologien, est académicien de 1742 à 1760, alors que J.H.B.Dumas, astronome, est élu en 1754.

   Un correspondant du XVIlle siècle est le très célèbre astronome croate Roger Joseph Boscovich.

   Mais les Jésuites sont expulsés de France (1762) puis leur ordre sera supprimé (1772) pour n'être rétabli qu'en 1814. Béraud et Dumas quittent l'Académie par démission. Il ne faut pas s'étonner si le XIXe siècle n'accepte aucun autre recrutement.

   C'est seulement au milieu du XXe siècle qu'on retrouve quelques rares Jésuites : les correspondants, François Dupré de La Tour, doyen de la faculté de Médecine de l'université Saint-Joseph de Beyrouth, et Auguste Demoment, archiviste de la Province de Lyon, et puis surtout un nouvel académicien titulaire puis émérite, le Père Claude Mondésert, directeur des célèbres Sources chrétiennes (ac. 1974-1990). C'est lui qui présente devant l'Académie, en 1986, une fort documentée communication, «Jésuites à l'Académie», à laquelle nous avons emprunté les données ci-dessus. Depuis 1996 son successeur est le Père Dominique Bertrand.


Les prélats.


   Presque dès l'origine, l'Académie entretient d'étroites relations avec l'archevêque François Paul de Villeroi qui l'accueille en son palais de Saint-Jean, qui est son protecteur et pratiquement un membre à part entière.

   Au cours du XIXE siècle, l'Académie compte parmi ses associés le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux (1 844), le cardinal Billiet, évêque de Chambéry (1846), Rendu évêque d'Annecy, Lyonnet archevêque d'Albi, Dupanloup évêque d'Orléans (1876), le cardinal Perraud, évêque d'Autun (1885), et deux archevêques de Lyon, Monseigneur Ginoulhac (1873) et le cardinal Couillé (1899).

Au XXe siècle, le cardinal Decourtray sera le seul associé (1985).

Les académiciens titulaires accueillent parmi eux

- A.Pavy (ac.1839-1866)

- F. Lavallée, recteur des Facultés catholiques (ac.1913-1961) - Cardinal P. Gerlier, archevêque de Lyon (ac. 1940-1965)

- J. Folliet, directeur de la Chronique sociale (ac. 1952-1972) - M. Michaud (ac.1957-1974)

- Cardinal A. Renard, archevêque de Lyon (ac.1974-1982)

   Les archevêques sont chanceliers des Facultés catholiques de Lyon, ce qui nous amène à considérer que 25 académiciens titulaires ont enseigné auprès de ces facultés. Pour le détail des relations entre ces établissements et l'Académie, il convient de consulter la très documentée communication d'Henri Hours présentée en 1977 : «Les Facultés catholiques de Lyon et l'Académie». Cet article éclaire aussi le conflit dans lequel le recteur de l'Université (Dareste de La Chavanne) et le doyen de la faculté de Médecine (L. Lortet) s'affrontèrent, et qui, bien qu'extérieur à l'Académie, impliqua divers membres de celle-ci.


Les militaires.


   Certains académiciens sont des militaires mais on peut affirmer que ce n'est pas à ce titre qu'ils sont entrés dans notre compagnie. Bien sûr, nous ne parlons de ceux qui, pour des raisons historiques de conflits, se sont trouvés engagés sous les drapeaux.

   Quelques académiciens ont suivi, un temps, la carrière militaire avant de se consacrer à un autre métier, civil celui-là. C'est le cas des ingénieurs de l'école Polytechnique, Tabareau (Génie) ou Tarlé (Artillerie) qui devinrent professeur ou secrétaire de la Chambre de Commerce. C'est le cas du doyen Depéret, membre de l'Institut, qui commença une carrière de médecin militaire avant de consacrer sa vie à l'enseignement supérieur.

   D'autres académiciens suivirent jusqu'au bout ou presque la carrière militaire ce qui ne les empêcha pas de cultiver une autre spécialité à l'origine de leur élection. Le lieutenant-colonel Grollier de Servières (ac.1718-1745) était bon mathématicien, de même Jules Raymond (ac. 1905-1909) qui fut colonel d'artillerie; le colonel André Constantin (ac. 1931-1934) est connu comme archéologue. Les médecins-généraux Camelin (ac. 1971-1985) et Reboul (ac. 1977-1992) sont inscrits dans la section Littérature, le second plus précisément comme poète; ils furent très actifs comme secrétaires de la classe des Lettres. Le général Laurent (ac.1965-1972) et le colonel Wasmer (ac.1975-1984) furent reçus en section Philosophie, le premier comme archéologue après avoir dirigé la mission Berliet «Ténéré-Tchad», le second comme historien mais il joue un rôle majeur au titre de bibliothécaire académique.


Les médecins.


   Ils représentent l'un des groupes les plus nombreux parmi tous les académiciens : il est vrai que «docteur en médecine» est un titre universitaire qui n'exclue pas divers métiers autres que la médecine ou la chirurgie, et un «vrai» médecin peut exceller en d'autres domaines. Nous ne parlerons ici que des médecins hors de la médecine, laissant à la 5ème partie le soin de traiter des sciences médicales.

   Certains n'ont jamais exercé la médecine, d'autres ne l'ont exercée que durant quelques années, d'autres enfin ont suivi leur carrière médicale jusqu'au bout tout en cultivant une spécialité intellectuelle différente leur ouvrant les portes de l'Académie.

   Parmi les sept fondateurs, Falconnet, médecin et homme de lettres, est l'académicien de la plus grande longévité (ac. 1 700-1762).

   Parmi les anciens, Mahudel est archéologue (ac.1704-1747), Eynard se passionne pour la mécanique (ac.1805-1837), Stanislas Gilibert suit son père dans le domaine de la botanique (ac. 1818-1870), Louis Hénon est botaniste et il se retrouvera classé en section Sciences naturelles (ac.1841-1872), Comarmond passera en section Histoire comme archéologue (ac.1845-1857).

   A la suite de L. Hénon, bon nombre de ces médecins entrent à l'Académie dans la section Sciences naturelles : comme naturalistes complets, Pierre Lortet qui changera de section pour passer en Mathématiques (ac.1847-1868) et Pétouraud (ac.1960-1974); comme zoologistes, Prunelle (ac.1825-1853) et Louis Lortet (ac.1876-1909); comme botanistes, Faivre (ac.1859-1879) et Saint-Lager (ac.1881-1913); comme géologue, Depéret (ac. 1924-1929); comme pharmacien, Crolas (ac. 1 899-1903).

   Une autre série de médecins se trouve en classe des Lettres, presque tous en section Histoire : Loison qui rejoint Comarmond comme archéologue (ac.1930-1936); Birot (ac.1908-1918) et Rousset (ac. 1961-1972) qui sont de bons historiens.

   Enfin Henri Coutagne (ac. 1 891-1895) est musicien dans la section Beaux-Arts, tandis que Henri André Martin s'y trouve comme peintre (ac. 1994).