LES ACADÉMICIENS



   S'il est une évidence c'est bien que la vie académique ne peut exister que dans la mesure où existent des académiciens : d'ailleurs, lorsqu'en 1700, les premières personnalités ont commencé à se rencontrer, il s'agissait bien d'académiciens alors même que l'Académie n'existait pas, du moins officiellement. Il en fut de même lorsque la Société libre s'appela Athénée : ils ne devinrent pas Athéniens pour autant et restèrent académiciens (sauf pour M. de Saint-Ange qui les salua du nom d'Athéniens modernes).

   On peut considérer que le vocable académicien désigne tous ceux qui ont fait partie de l'Académie à quelque titre que ce soit. Mais, en toute rigueur, seuls les membres titulaires et titulaires émérites devraient bénéficier de ce titre. En effet, au fil du temps et de l'évolution des statuts et règlements, l'Académie a mis en place, et souvent supprimé, des catégories de membres, diverses et variées : vétérans, honoraires, émules, libres, associés, correspondants, d'honneur, d'honneur associés...

   Parmi tous ces membres non titulaires certains furent de très près liés à la vie académique, mais d'autres ne furent inscrits qu'à titre vraiment honorifique et, s'ils ne refusèrent pas, ils ne s'intéressèrent pas pour autant à l'institution lyonnaise.

   Nous ne retiendrons donc que les membres titulaires en nous efforçant d'en dresser une liste aussi complète et précise que possible, ce qui n'est pas toujours aussi aisé qu'on aurait pu l'imaginer. On trouvera la liste des 754 académiciens titulaires en Annexe 4.

   Les élections académiques ne sont pas de simples formalités. Il arrive, plus fréquemment qu'on pourrait l'imaginer, que la majorité requise (en règle générale 75% des voix) ne soit pas atteinte.

   La classe des Lettres est plus familière de telles difficultés que celle des Sciences. Nous retiendrons un seul exemple, ancien bien sûr, relatif à une élection de membre titulaire : en 1891, trois sièges sont vacants dans la section 1, Littérature (fauteuil 5 depuis 1889, 3 depuis 1890 et 7 depuis 1891); trois candidats, Rondot, Desvernay et Thamin; après trois années et 6 séances d'élection sans résultat, le rapporteur A. Bleton est suffisamment excédé pour ne trouver qu'une ultime solution : "proposer la suppression de la section de littérature et la réunion des quatre membres restants à d'autres sections"-, alors Raymond Thamin est élu, mais ce professeur à la faculté des Lettres quitte Lyon pour la Sorbonne, devient de ce fait correspondant et il terminera sa carrière comme membre de l'Institut, Félix Desvernay patientera encore un an ce qui n'ôte rien à ses mérites; Rondot renoncera. Thamin, bien qu'élu, n'aura été titulaire que quelques heures ou quelques jours, cas en apparence unique.

   Les élections au titre d'associé ou de correspondant ne sont pas non plus exemptes de difficultés. Nous ne prendrons, là aussi mais pour les sciences, qu'un seul exemple ancien, celui de l'élection de Claude Bernard comme associé. Le 25 mai 1869, le docteur Desgranges, au nom de la commission de présentation, propose à l'Académie, présidée par Guillard, d'associer C. Bernard, alors au faite de sa gloire (professeur au Collège de France, président de l'Académie des Sciences, mernbre de l'Académie Française, sénateur ... ). La très longue discussion vient de la réticence de plusieurs académiciens qui jugent C. Bernard, à tort, trop matérialiste, pas assez spiritualiste, on va jusqu'à lui reprocher sa méthode expérimentale comme préjudiciable au progrès de la médecine ! Pour contrer l'issue malgré tout prévisible du scrutin, Dareste et La Saussaye, opposants majeurs, vont jusqu'à prétendre qu'il ne faudrait pas recruter un trop grand nombre d'associés pour ne pas dévaluer le titre : or à ce moment là, il n'y a que trois associés octogénaires ! Heureusement, lors du vote du 1 er juin, C. Bemard est élu par 26 voix sur 32, score suffisant qui n'honore cependant pas l'Académie lyonnaise. Pourtant, en 1878, après la mort de C. Bemard, on votera le don de 300 F pour l'érection de sa statue.

   L'assiduité des académiciens titulaires aux séances a toujours été la règle. Pourtant certains ont pris beaucoup de liberté avec elle et les règlements qui, pour la plupart, prévoyaient l'exclusion n'ont que très rarement été appliqués. En dehors des cas tout à fait justifiés (maladie ... ), force est de constater que les absences chroniques sont le fait de quelques académiciens, toujours les mêmes. Pour ne citer que les anciens parmi les académiciens fantômes, Saint-Supplix (ac. 1720) n'assista qu'à sa séance de réception; Carron (ac.1810), Bonnevie (ac.1816), Rabanis (ac.1829)... n'assistèrent à aucune séance ! Charles Admiral, mathématicien, est élu le 2 juillet 1782 à la place de l'architecte Delorme décédé, il envoie quelques travaux écrits (=tribut) mais ne participe pas aux séances et, le 3 juin 1788, il est remplacé par l'abbé Tabard : juste mais trop rare sanction.

   Les académiciens étant, par définition immortels, il est tout à fait exceptionnel de voir certains d'entre eux redevenir mortels par démission. On peut citer les démissions des jésuites Béraud et Dumas en 1764 suite aux mesures prises contre l'Ordre, de Goiffon, Audra et La Vaure suite à l'affaire Tolomas (1755); de Léonard Roux (1790), de Frenet (1868), de Fraisse (1869), de Gabriel Roux (1908)... presque toujours pour raison de santé.


L'ÉVOLUTION DES CATÉGORIES PARTICULIÈRES


   Au gré de ses règlements successifs, l'Académie a créé, puis souvent supprimé, diverses catégories particulières.

- Les ordinaires.

   Dès 1750, auprès de la Société royale des Arts, puis en 1800 à l'Athénée, les académiciens ont été appelés «ordinaires» (comme si un académicien pouvait être autre qu'extraordinaire !). Ce qualificatif se perpétue en 1809 puis en 1830, en fait pour marquer la différence avec toutes les catégories évoquées ci-dessous.

- Les vétérans et les émérites.

   C'est encore en 1750, toujours pour la Société royale des Arts, que les académiciens ayant plus de 10 années de présence peuvent entrer dans une catégorie particulière, celle des Vétérans. Après la fusion, en 1758, il faudra 15 années.

   En 1830 apparait un changement de vocable avec la distinction entre «titulaires ordinaires» et «titulaires émérites» qui subsiste aujourd'hui (après 20 ans de présence).

- Les honoraires.

   La première catégorie particulière, créée en 1727, est celle des Honoraires. Lorsqu'un titulaire quittait Lyon il devenait honoraire. Aujourd'hui il devient correspondant. On peut donc considérer que les honoraires, entre 1727 et 1758, sont l'équivalent des associés ou des correspondants avec comme seule différence le fait d'avoir été, au préalable et obligatoirement, académiciens titulaires.

   A partir de 1758 c'est dans la catégorie des associés que celui qui quitte Lyon peut être rangé mais seulement s'il en exprime le souhait. Ceci démontre que les honoraires du début du XVIlle siècle sont bien les associés de la fin du siècle et les récents correspondants.

- Les émules.

   C'est une des catégories les plus éphémères. Elle est mise en place en 1800 lors de la renaissance de l'Académie (Athénée). Elle devait comporter 15 membres et Dumas donne une liste de 15 noms pour 1800 (I, p.571), mais elle est supprimée dès 1802, alors qu'elle semble avoir comporté plus de 15 membres en même temps. On relève 12 émules qui deviendront par la suite académiciens titulaires. Les quelques autres disparaîtront en même temps que leur catégorie : Cayre, Chovert-Lachance, Coignet, Dulaurens, Hugan, LeuillonThorigny, Mortonval; parmi eux, Renaudin, médecin, meurt en 1802 alors qu'il est sur le point de passer titulaire.

   On trouve parfois, chez divers auteurs, leurs noms avec un titre d'académicien ce qui peut prêter à confusion.

- Les associés libres.

   C'est une autre catégorie éphémère, créée également en 1800 et annulée en 1802. On les appelle aussi «associés résidents» car ils habitent dans le département du Rhône.

- Les académiciens libres.

   C'est toujours du domaine de l'éphémère. Ils sont créés par délibération du 12 mai 1841. Ils jouissent de tous les droits des titulaires moins la voix délibérative. Ils disparaissent par décision du 26 janvier 1847, sans doute parce que personne n'avait compris qui ils pouvaient bien être malgré un nombre non négligeable de candidats. On constate qu'ils n'ont pas dépassé le nombre total de 15, les uns furent «libres», sans plus : Coste, Deguin, Noirot, Audin, Bottex, Rougier, Lambert, Plantier, Ponsard, Dauphin; les autres deviennent titulaires : François, Gregory, Bouillier, Guillard et Eichhoff.

- Les associés et correspondants.

   Sous ces deux vocables, dont le sens a fluctué au cours du temps, sont rassemblés les académiciens qui ne participent pas pleinement à la vie académique, soit du fait de leur éloignement, soit parce qu'aucun fauteuil n'est disponible.

   «Dans le principe de son établissement, l'académie n'avait pas de membres honoraires ou associés, et, lorsqu'elle en eut, elle n'en dressait pas la liste, ou du moins cette liste ne se retrouve pas. (..) ce tableau ne présente aucune différence entre le titre d'associé ou de correspondant : ce dernier titre n'étant pas même connu jusqu'en 1793. » (Dumas, 1, p.351)

   Pourtant, dès l'origine, l'Académie a eu des associés avant même que le mot existe : Boileau, le tout premier, puis Voltaire, élu en 1745, pour ne citer que les deux plus célèbres, et diverses autres personnalités, ne sont pas autre chose que des associés, ou mieux des correspondants puisque c'est avant tout par des lettres qu'ils assurent le contact avec notre Compagnie.

   Les Associés apparaissent pour la première fois au sein de la Société royale des Arts, en 1750, et ils subsistent après la fusion de 1758. C'est alors qu'ils forment une catégorie officielle, en nombre illimité d'ailleurs. Il faut désormais être élu pour être associé, sauf pour celui qui était titulaire et qui quitte Lyon.

   En 1800, on scinde cette catégorie en deux : les associés libres, catégorie éphémère, et les associés honoraires (au sens actuel de membres d'honneur associés).

   C'est en 1809 qu'apparaît clairement la distinction entre associés, de grande renommée, et correspondants, de moindre réputation, aucun ne résidant en principe à Lyon.

   La longue liste des associés du XVIlle siècle rassemble bon nombre d'hommes célèbres, à côté d'autres personnes dont le nom n'est pas vraiment passé à la postérité (1), certains viendront à Lyon se «faire recevoir» et prononceront un discours à cette occasion (Voltaire, Jussieu, Condillac ... ). Parmi eux, on pourrait retenir : *Vaucanson vers 1740, *Lalande 1756, Daubenton 1760, Jars 1761, Condillac 1768, *A.L.de Jussieu 1771, *Guyton de Morveau 1775, *Mongez, *Ducis et *Parmentier 1776, *La Harpe 1779, Dupont de Nemours 1788, *Lacépède et *Montgolfier 1783, *Buffon, de Saussure et Pilâtre de Rozier 1784, *Franklin 1785, *Chaptal 1786, *Monge 1791;

   On rencontre aussi des célébrités plus "politiques" : Boissy d'Anglas, Napoléon Bonaparte, Cambacérès, Lebrun, Lucien Bonaparte, Talleyrand-Périgord;

   Enfin, au plan international, se remarque surtout la noblesse : prince Henri de Prusse, prince de Saxe-Gotha, prince Guillaume comte de Würtemberg, prince Yousoupor descendant de Gengis Khan, prince Joseph de Lubomirski, duc de Noya Carafa.

   Au XIXe puis au XXe siècle, on retrouve parmi les associés les célébrités du monde des lettres, des arts, des sciences : *A. de Lamartine 1832, Ch. de Lacretelle 1835, F.A.A RochefoucaultLiancourt 1842, Lacordaire 1845, *J.J.Ampère 1855, *F.Coppée 1885, *R.F.A.Sully-Prud'homme 1899, *P.Bourget et *E.M.de Vogüé 1900,*L.et M.de Broglie 1941, *P.Claudel 1946, G.Baty 1947, *H.Bordeaux 1950, C.Geoffray 1971, *H.Amouroux 1978, Cornelius Ver Heyden 1979 Geoffroy-Saint-Hilaire 1848, A. de Hunibolt 1853, *L.Pasteur 1877, *J.Bertrand 1883, *C.Jordan, *Ranvier, *C.Bouchard, *J.Violle et *Guignard 1900, *A.Lacroix 1920, *P.Termier 1920, *L.Lumière 1933, *L.de Launay 1935, P.Gillet 1946, Ant.Lacassagne 1947, R.Jeannel 1950, *L.Neel 1970, L.Chatin 1970, *M.Jouvet 1980

   Il n'est ni possible, ni souhaitable de citer certains des correspondants, pourtant, parmi eux, bien des noms sont aussi, sinon plus, célèbres que ceux de beaucoup des associés.

   Dresser les listes des associés et des correspondants n'est guère possible, trop de manques ou d'erreurs se sont glissés dans les citations. Sur un plan statistique, pour le XVIIIe siècle, Dumas cite 162 correspondants ou associés à partir de 1758 et plus de 50 avant cette date. Pour les XIXe et XXe siècles, de 1800 à 1999, 293 associés et 472 correspondants sont répertoriés, ce qui est numériquement et très certainement inférieur à la réalité. Ces listes incomplètes sont consultables à l'Académie.