LES ACADÉMICIENS DE QUELQUES
                      INSTITUTIONS CULTURELLES




   Il n'est pas question de dresser l'historique des institutions culturelles lyonnaises même si l'Académie a toujours compté parmi ses membres de nombreux représentants de celles-ci. En effet ils furent académiciens en fonction de leur spécialité et non parce que leur métier les liait à une institution telle que bibliothèque, musée, université, société savante... Nous retrouvons donc ces personnalités au titre de l'évolution des sciences, lettres ou arts, mais il est d'un certain intérêt de suivre les relations entre l'Académie et le milieu culturel officiel à travers la présence de ses membres.

   Nous limiterons notre propos aux bibliothèques, musées et services d'archives. Nous n'avons pas voulu signaler l'appartenance des académiciens à un établissement d'enseignement, depuis le Grand Collège du XVIlle siècle jusqu'aux écoles, facultés et universités d'aujourd'hui : tout ou partie de très nombreuses carrières furent vouées à l'enseignement. Par ailleurs, depuis le XIXE siècle, les sociétés savantes n'ont fait que proliférer, certaines étant purement locales, d'autres étant nationales avec ou non un relais local : les académiciens sont pour la plupart membre d'une ou plusieurs de ces sociétés.

   Pour rester le plus lyonnais et le plus académique possible, signalons seulement que la très lyonnaise Académie du Gourguillon et des Pierres Plantées fut fondée en 1879 par l'académicien Clair Tisseur sous son pseudonyme littéraire de Nizier du Puitspelu. Et c'est un autre académicien, Edmond Locard, qui fonda l'Académie du Merle blanc en 1949.


Les bibliothécaires


   L'Académie possédant elle-même une bibliothèque nous avons vu au chapitre précédent que des relations périodiques, harmonieuses ou conflictuelles, s'établirent entre celles-ci et, en particulier, la bibliothèque municipale.

   Sur le plan des personnes, les bibliothécaires des temps anciens furent plus de savants érudits que des fonctionnaires municipaux. C'est donc bien à titre personnel qu'ils sont membres de l'Académie, le plus souvent comme historiens ou écrivains :

   Claude Brossette, le tout premier, occupe une fonction de bibliothécaire et est académicien fondateur de 1700 à 1743. De même Dominique de Colonia, académicien de 1700 à 1741. Ensuite peuvent être cités :

- Charles Pierre Xavier Tolomas (ac. 1740-1762)

- Antoine Mongez (ac.1763-1783)

- Antoine François Delandine (ac. 1781-1820)

- François Tabard (ac. 1788-182 1)

- Jean Baptiste Poupar (ac. 1814-1827)

- Antoine Péricaud aîné (ac. 1 821-1867)

- Jean Julien Trélis (ac.1822-1831)

- Jean Marie Pichard (ac.1830-1836)

- Etienne Mulsant (ac.1839-1880)

- Ambroise Marie Comarmont (ac.1845-1857)

- Charles Antoine Fraisse (ac.1850-1869)

- Jean Baptiste Saint-Léger (ac. 1881-1912)

- Aimé Vingtrinier (ac. 1895-1903)

- Gabriel Magnien (ac.1957-1965)

- Henri Jean Martin (ac. 1968-1972)


Les archivistes


   Il existe deux services officiels d'archives, l'un municipal pour la ville de Lyon, l'autre départemental pour le Rhône. Comme les bibliothécaires, les archivistes académiciens sont des savants reconnus, érudits ou historiens pour la plupart.

   Louis Grandperret (ac. 1827-1854) est l'auteur de l'une des histoires de l'Académie, Claude Guigue (ac. 1 877-18 89) pour Lyon et le Rhône, Georges Guigue (ac.1905-1926) pour Lyon et le Rhône, Claude Faure (ac.1935-1942) pour le Rhône, Martial Griveaud (ac. 1942-1946) pour le Rhône, Henri Hours (ac. 1961-1999) pour Lyon.

   De 1989 à 2000, Jeanne Marie Dureau représente les Archives municipales au titre de correspondante.

Les muséologues

   Les musées lyonnais sont plus nombreux que les bibliothèques ou les archives. Ils ont été représentés à l'Académie par certains de leurs créateurs, directeurs ou conservateurs. Les spécialités sont évidemment beaucoup plus variées, en relation directe avec la diversité des musées.

   Le musée des Beaux-Arts : Sitôt passée la tourmente révolutionnaire, nait l'idée de créer un musée dont la vocation serait de favoriser l'instruction du public et notamment celle des futurs dessinateurs de soieries. Tout naturellement on songe à l'installer dans les locaux de SaintPierre où les écoles, les sociétés et quelques administrations sont déjà logées. Dès 1799, l'Etat envoie quelques tableaux de fleurs pour servir de modèles; ils sont complétés par des achats municipaux. En 1801, le gouvernement institue des musées dans 15 villes de France: Lyon recevra plus de 1 00 tableaux en 1803, 1805 et 1811.

   L'Académie veille de près sur l'existence du nouveau musée et le zèle de Camille Pernon est d'ailleurs pour beaucoup dans sa création.

   Le premier conservateur est François Artaud (ac.1810-1838). Comme il est archéologue, il crée, à côté du «salon des Fleurs», une galerie d'archéologie rassemblant bas-reliefs, mosdiques et bronzes.

   Lorsqu'en 1815 les armées étrangères s'approprient bon nombre des collections déjà accumulées, c'est l'Académie qui intervient auprès du pape Pie VII et qui obtient la restitution du tableau de l'Ascension par Pérugin.

   Lorsqu'après 1830 François Artaud quitte ses fonctions de conservateur pour se retirer à Orange sa ville natale, l'Académie intervient auprès de la municipalité pour que celle-ci se porte acquéreur du cabinet Artaud (14 juillet 1835). La ville accueille favorablement cette requête. Par testament en date de 1837, Artaud lèguera à l'Académie sa bibliothèque et ses manuscrits qu'il avait transférés à Orange et Avignon; il lègue au musée, donc à la Ville, ses médailles, des tableaux et des statues; il mourra en 1838.

   Entre 1815 et 1878, le musée enrichit ses salles de peinture d'oeuvres d'artistes lyonnais, d'autant plus logiquement et facilement que l'école des Beaux-Arts se situe dans les mêmes locaux de Saint-Pierre et que le salon annuel s'y tient aussi. Le palais Saint-Pierre est souvent désigné sous le nom de «palais des Arts» bien qu'il abrite des institutions variées, à commencer par l'Académie ou le muséum d'Histoire Naturelle.

   Ambroise Comarmont est en quelque sorte le successeur d'Artaud à la tête du «musée archéologique» qu'il a présenté à l'Académie en 1851 (MASBLA (2) LI, p.223-236), il occupe un fauteuil de la section Histoire (ac.1845-1857). Bien que peintre, c'est aussi dans cette même section qu'on trouve Edmé Camille Martin-Daussigny (ac. 1 854-1878), conservateur du musée.

   Là s'arrête le lien direct entre l'Académie et le Musée, mais non le futur développement de ce dernier.

   Le musée de la Civilisation gallo-romaine : c'est le plus récent des musées lyonnais, d'abord sous gestion municipale puis désormais départementale. On doit sa création à l'académicien Amable Audin (ac.1957-1990). Imprimeur successeur de son père, lui aussi académicien, Amable reste comme un archéologue de grand renom, LE spécialiste du monde gallo-romain de Lugdunum. L'idée d'un grand musée mit longtemps à faire son chemin alors que les objets archéologiques participaient au premier conservatoire des Arts : mais Audin était persévérant et ses multiples livres ou notes imposaient peu à peu la richesse patrimoniale de Lugdunum. L'appui de Pierre Quoniam, inspecteur général des musées, la volonté du maire Louis Pradel, lancèrent le musée que le génie de l'architecte Bernard Zehrfuss intégra dans la colline sacrée au coeur de la cité romaine. En 1970, les collections du palais Saint-Pierre furent transférées dans les nouveaux locaux. Amable Audin dirigea longtemps «son» musée.

   Le musée Historique de Lyon: il est installé dans l'hôtel de Gadagne, superbe demeure historique du XVIE siècle. C'est en 1902 que la ville l'acquiert pour y installer progressivement ce musée municipal auquel on adjoindra, en 1950, le musée de la Marionnette.

   Henri Focillon, directeur des musées d'art et d'archéologie, installe les premières salles, mais c'est à Félix Desvemay (ac. 1894-1917) qu'on doit l'essor du musée dont il fut le premier conservateur désigné. Il est l'auteur des si précieux catalogues des manuscrits des bibliothèques de Lyon et du «Le Vieux Lyon à l'exposition internationale urbaine 1914», véritable mine de renseignements.

   Des historiens, ou plutôt des érudits, eurent en charge ce qu'on appelle, le plus souvent, le musée de Gadagne. C'est le cas d'Eugène Vial (ac.1913-1942) qui succède à Desvemay alors que le musée acquiert son statut actuel municipal en 1921. Son propre successeur est Claude Dalbanne (ac.1945-1964), peintre, graveur et illustrateur qui créera le musée de la Marionnette.

   Les musées des Tissus et des Arts décoratifs : ce sont des musées gérés par la Chambre de commerce.

   Le musée d'Art et d'industrie est créé par la Chambre de commerce dès 1864 dans les locaux du nouveau palais du Commerce. Il deviendra le musée des Tissus en 1891, après rénovation, titre qui sera changé en 1891 en celui de «musée historique des Tissus» sur proposition d'Edouard Aynard, président de la Chambre de commerce et véritable créateur du musée moderne. Aynard est académicien de 1897 à 1913.

   Les deux musées issus du musée d'Art et d'industrie déménageront pour une installation digne d'eux et l'Académie recevra leurs conservateurs :

- Henri d'Hennezel (ac. 1922-1944).

- Robert La Faye de Micheaux (ac. 1967-1984).

   Le musée Guimet: l'Académie compte son créateur parmi ses titulaires. Emile Guimet, industriel et chimiste, est un collectionneur passionné par les arts et religions d'Orient (ac. 1 861-1918). Il crée le musée qui porte son nom en 1879 et le dirige jusqu'en 1888 avant de le transférer à Paris où il est aujourd'hui le «Musée national des Arts asiatiques-Guimet». C'est lui qui, au même moment, crée le théâtre de la rue de la République, qui deviendra le siège du journal Le Progrès. De 1913 à 1918 (date de sa mort) il réinstallera et dirigera à nouveau un musée, annexe de son musée parisien, dans l'ancien Palais de Glace du boulevard du Nord devenu boulevard des Belges.

   Le muséum d'Histoire naturelle : c'est le plus ancien des musées lyonnais puisqu'antérieur à la Révolution. Son origine est intimement liée à l'Académie.

   En 1700, Jérôme Jean Pestalozzi, médecin à l'Hôtel Dieu et futur académicien (1715-1742) acquiert le cabinet d'histoire naturelle rassemblé par Balthasar de Monconys durant la seconde moitié du XVIIC siècle. Il le développe à un point tel qu'il est cité dans les mémoires de l'Académie des Sciences. L'un de ses fils, Antoine Joseph, hérite du fameux cabinet; il est lui aussi médecin et académicien (1751-1779). N'ayant que des filles pour accueillir son propre héritage, il propose au Consulat de lui céder le cabinet moyennant une rente viagère réversible sur la tête de sa femme et de ses filles. La ville signe le contrat de rente le 31 décembre 1771 (on peut noter qu'il ne sera pas honoré). C'est donc à partir de 1772 que la Ville confie à l'Académie le soin de gérer le cabinet d'histoire naturelle de Monconys-Pestalozzi.

   En effet l'Académie était déjà en possession de la «petite collection d'histoire naturelle» d'Adamoli (ainsi que de sa bibliothèque et de son médaillier). Comme le testament Adamoli exige la jouissance par le public de ses collections, c'est bien un "musée" qui sera ouvert tous les mercredis non fériés mais seulement à compter du 28 mai 1777, car il aura fallu un procès et cinq années à l'administration communale pour céder une parcelle de ses locaux au sein de l'Hôtel de Ville.

   L'Académie sera gestionnaire du muséum jusqu'à la Révolution. Après la tourmente, le muséum survivra tant bien que mal, en des lieux divers, avant d'être fixé dans les locaux du palais Saint-Pierre à côté du Conservatoire des Arts et de l'Académie.

   Un siècle plus tard il migrera boulevard des Belges. Le muséum passa ainsi sous gestion municipale durant près de deux siècles, mais est désormais sous gestion du Conseil général du Rhône.

   De 1802 à 1999, vont se succéder sept directeurs et un sous-directeur, tous membres titulaires de l'Académie :

- Jean Emmanuel Gilibert, 1802-1814, ac.1784-1814

- J. Philippe Mouton-Fontenille, 1816-1830, ac.1800-1837

- Claude Jourdan, 1832-1869, ac.1835-1873

- Louis Lortet, 1870-1909, ac.1876-1909

- Emest Chantre (sous-directeur), 1879-1909, ac.1879-1924

- Claude Gaillard, 1909-1939, ac.1929-1945

- Jean Viret, 1939-1963, ac.1946-1970

- Louis David, 1963-1999, ac.1976-

   Si on souhaite approfondir l'étude sociologique des académiciens, il faut se reporter à l'ouvrage récent et fort documenté de R. Chartier, consacré à l'Académie au XVIlle siècle (1969).